Le gouvernement souhaite faire avancer la question sensible des terres. Lors de son arrivée au pouvoir, le président Cyril Ramaphosa avait promis d’accélérer leur redistribution, pour combattre les inégalités héritées de l’apartheid. Les consultations ont pris du retard, mais le gouvernement vient finalement de détailler dimanche 11 octobre sa future loi, bientôt présentée devant le Parlement. Elle se concentre sur la question de l’expropriation, mesure la plus controversée.

C’est surtout la question de la compensation suite à ces expropriations qui cristallise les débats. Car tous gardent en tête l’expérience du Zimbabwe voisin : dans les années 2000, une réforme agraire mal gérée sous Robert Mugabe s’est révélée être un désastre pour l’économie du pays.

La ministre des Travaux publics, Patricia de Lille, s’est donc voulue très rassurante quant à cette nouvelle loi sud-africaine, qui, elle l’espère, saura apaiser les investisseurs. Si le texte ouvre bien la possibilité d’une expropriation sans compensation, il ne s’agit pas d’ « un remède miracle » a-t-elle précisé. Et la mesure ne peut s’appliquer que dans des cas d’abandon des terres, de spéculation, ou s’il y a un risque sanitaire. Enfin, la décision finale reposera entre les mains des tribunaux.

C’est donc une version beaucoup plus modérée que ce que réclamait l’EFF (les Combattants pour la liberté économique), le parti de gauche radicale qui pousse pour une nationalisation des terres.

A voir si le reste du programme agraire de Cyril Ramaphosa saura faire mieux que les réformes des années 1990 : car pour l’instant, un quart de siècle après la fin de l’apartheid, près de trois-quart des terres restent aux mains de la communauté blanche, qui représente moins de 10% de la population.