Bamba Niang, le symbole d’une aberration française

PORTRAIT. Dès samedi, ce jeune homme titulaire de trois masters risque d’être expulsé vers son pays d’origine, le Sénégal, s’il ne trouve pas un travail.
« J’aimerais vraiment m’installer en France. » Plus on l’écoute dérouler sa vie, moins on ne peut s’empêcher de voir dans sa situation actuelle une aberration. Son récit personnel est d’autant plus fort qu’il l’exprime sereinement, sans amertume. Il n’en veut à personne, n’accuse personne. Bamba Niang, 28 ans, est un bac + 7, qui cherche du travail – certes, comme d’autres. Mais là n’est pas l’aberration (quoique) : depuis un an, il est autorisé à rester sur le territoire français grâce à une attestation provisoire, qui arrive à échéance samedi 17 octobre. À partir de ce jour, il risque, en cas de contrôle, une reconduite à la frontière. Avec l’aide d’une avocate, il a entrepris des démarches pour obtenir une prolongation, en plaidant que la crise sanitaire avait entravé durant des mois sa quête d’emploi. Il attend.
Une vidéo virale

Son histoire, il l’a récemment racontée dans une vidéo publiée sur le site Konbini. Sa viralité lui a permis de nouer des contacts avec des entrepreneurs, startupeurs et quelques politiques, parmi lesquels Jean Rottner, le président de la région Grand Est. L’autre jour, et ça l’a amusé, une contrôleuse de la RATP l’a reconnu et lui a souhaité bonne chance. La vidéo a même été reprise dans les médias de son pays d’origine, le Sénégal.

Né à Dakar, il a intégré, à 12 ans, le prytanée militaire de Saint-Louis. Après son bac, et un parcours exemplaire, il s’engage dans l’armée sénégalaise. Dans le cadre d’un accord de coopération avec l’Italie, il s’installe à Modène, puis part étudier à Turin, où il suit un master de science stratégique et militaire. Il devient ensuite lieutenant-chef de l’armée de son pays. Il en démissionne en 2017 pour un retour à la vie civile. Retour à Turin, où il reprend les études : il décroche un master de relations internationales, qui le mènera ensuite à Lyon-2, où il obtient un diplôme de sciences politiques.
Pas de racisme
En 2019, il perd son visa étudiant pour une attestation provisoire, qui lui permet de rester sur le sol français. Il n’ignore pas qu’un compte à rebours est alors enclenché : il lui faut absolument trouver un travail (rémunéré 1,5 fois le smic et pertinent dans son domaine d’études), sans cela il devra rentrer au Sénégal. Il envoie « entre 400 et 500 candidatures » à des ONG, des organismes internationaux – il parle couramment l’anglais, le français et l’italien. Face aux refus, il tente sa chance dans des entreprises privées spécialisées dans le numérique. « Je n’ai reçu, là aussi, que des réponses négatives, confie-t-il, mon parcours fait un peu peur. On se demande pourquoi j’ai quitté l’armée et multiplié les diplômes. »
« On ne voit pas dans cette diversité de parcours un atout, mais plutôt un handicap, une dispersion. » Craignant d’être perçu comme une victime de racisme, il tient à apporter cette précision : « Je n’ai jamais vu dans ces échecs un rapport avec ma couleur de peau. Il m’est arrivé, au cours de mes entretiens, de ne pas être à la hauteur, tout simplement. Depuis ma vidéo enregistrée, je n’ai que des manifestations de soutien et d’empathie. » Rien que de « bonnes ondes », comme il dit.
Un jour Français ?
Bamba Niang vit actuellement à Nanterre, en colocation avec un ami rencontré à l’École militaire, qui a depuis fait Sciences Po et entame une carrière d’avocat. « J’aimerais vraiment m’installer en France, trouver un peu de stabilité et entamer un projet professionnel. » Jusqu’ici, il travaillait 15 heures par semaine dans un restaurant pour subvenir à ses besoins. Il n’est donc pas seul, isolé, des amis sont là. « On surnomme notre groupe d’amis la Licra, car il est composé de juifs, de Français, de Maghrébins, de Noirs africains… » rit-il. Outre son parcours scolaire, Bamba a d’autres qualités à faire valoir : il est champion d’athlétisme. Avec son club du Lyon Athlétisme, il a participé aux championnats de France sur l’épreuve du 400 mètres. Son chrono : 47 secondes et 12 centièmes. Son objectif, dans un premier temps, est de passer sous la barre des 47 secondes, c’est à sa portée. Ensuite, et s’il régularise sa situation, il aimerait, pourquoi pas, devenir français.

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