Editorial. Un conseil européen doit se tenir, jeudi 15 octobre, pour tenter de trouver un compromis sur la sortie de l’UE du Royaume-Uni. Alors que la menace du Covid s’étend de nouveau en Europe, il serait irresponsable de ne pas trouver d’issue à ces négociations.

Editorial du « Monde ». Boris Johnson l’a dit et répété : si un accord n’émerge pas lors du conseil européen du 15 octobre, il claquera la porte des négociations sur le Brexit. Les rodomontades du premier ministre britannique ne doivent pas faire illusion : chacun sait, lui le premier, que le sommet de jeudi peut, dans le meilleur des cas, accélérer les pourparlers entre les Vingt-Sept et Londres en vue d’un accord organisant les futures relations commerciales au-delà du 31 décembre, date butoir fixée pour un divorce effectif.

Après des mois de piétinement, le dialogue semble progresser à l’approche de l’échéance qui, faute d’accord, marquerait un désastreux rétablissement des droits de douane et des contrôles de marchandises à la frontière. La semaine dernière, le négociateur britannique, David Frost, a indiqué qu’il était prêt à assouplir sa position sur les aides de l’Etat aux entreprises, que Londres souhaite pouvoir actionner librement, au risque de concurrencer l’Union européenne (UE) de façon déloyale. En écho, Michel Barnier, qui conduit la négociation pour l’UE, a demandé aux dirigeants européens concernés – dont Emmanuel Macron – de modérer leurs demandes en matière de droits de pêche.

Michel Barnier et David Frost, deux négociateurs chevronnés pour l’après-BrexitLes Britanniques exigent de rétablir un droit exclusif à pêcher dans leurs eaux nationales, dont leurs voisins profitent largement jusqu’à présent. C’est leur principal levier dans la négociation, et aussi l’un des rares clairs « dividendes du Brexit » promis par M. Johnson à ses électeurs. Alors que les Européens souhaitent conserver l’intégralité de leurs droits de pêche dans les eaux britanniques, Londres veut conditionner leur accès à une négociation annuelle. Une incertitude que refusent les pays concernés – France, Espagne, Danemark, Belgique, etc. –, qui savent que les Britanniques exportent 70 % de leur pêche vers l’UE et ont besoin d’un accord commercial général pour continuer à le faire.

Un compromis est possible

Pour les Vingt-Sept, l’engagement global à respecter des « règles de concurrence équitables » constitue en revanche l’enjeu central. M. Johnson, pourtant ultralibéral, veut que l’Etat britannique puisse aider les entreprises plus généreusement que l’UE. Les membres de l’UE, inquiets d’un risque de dumping, exigent aussi un alignement en matière sociale et environnementale.

La confiance des Européens envers M. Johnson a été échaudée par son projet de loi bafouant certaines dispositions de l’« accord de retrait » qu’il a lui-même signé l’an dernier. Un premier ministre déjà ébranlé dans l’opinion britannique pour sa gestion calamiteuse du Covid-19 et ses piètres performances, aux prises avec une rébellion de députés de sa propre majorité, peut-il en outre infliger à son pays une crise du « no deal » ?

Brexit : la très controversée loi « sur le marché intérieur » adoptée par la Grande-BretagneIl est plus que temps d’en finir avec le mauvais feuilleton du Brexit. Un compromis est possible et un accord hautement souhaitable, à condition qu’il préserve l’unité du marché unique européen et l’emploi sur le continent. Cela suppose sans doute un psychodrame final, mettant en scène l’acharnement de chaque partie à défendre ses intérêts et présentant de façon acceptable d’inévitables concessions réciproques. Mais, alors que la menace du Covid s’étend de nouveau et plus de quatre ans après le vote en faveur du Brexit, il serait irresponsable de continuer de jouer avec les nerfs des Européens. La géographie comme l’histoire condamnent Britanniques et « continentaux » à s’entendre. Dans un monde de plus en plus instable, l’Europe ne peut pas se permettre de prolonger la crise du Brexit.