La communauté des réfugiés congolais banyamulenge, qui se comptent par milliers, se plaint d’être victime d’une véritable chasse à l’homme depuis une dizaine de jours. Le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique a lancé une véritable campagne contre ceux qui vivent dans des villes alors qu’ils devraient être dans un des cinq camps de réfugiés du pays. Les leaders de cette communauté de réfugiés congolais rwandophones qui ont fui la province du Sud-Kivu expliquent qu’ils sont accusés d’être au service du Rwanda, en froid avec son voisin du sud, ce qu’ils ont toujours nié. Tout a commencé le 8 octobre dernier.

 

Ce jour-là, le porte-parole du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Pierre Nkurikiye, présente à la presse une soixantaine de réfugiés congolais banyamulenge, arrêtés dans la capitale Gitega, alors qu’ils devraient être, explique-t-il, dans un des camps de réfugiés. Ce qui les rend « suspects » dit-il, avant d’en appeler « au patriotisme » des Burundais.

« Ces étrangers qu’on voit de plus en plus dans les villes ou ailleurs sont faciles à repérer. Beaucoup parlent le kinyarwanda comme ceux-ci. Si vous entendez quelqu’un parler le kinyarwanda ou une autre langue qui n’est pas le kirundi, prévenez l’administration et les services de sécurité pour qu’ils lui demandent ce qu’il fait là. »

Depuis ce discours, plus de 150 réfugiés congolais rwandophones ont été arrêtés les uns à la suite des autres dans plusieurs localités du pays, gardés en détention un ou deux jours avant d’être renvoyés dans les camps pour certains. Mais une trentaine étaient toujours détenus à Bujumbura hier à la mi-journée, selon des sources concordantes. Un membre de cette communauté qui dit craindre pour sa sécurité, a dénoncé sous anonymat « une véritable chasse à l’homme ».

Hier, le ministère de l’Intérieur semble avoir rétropédalé devant le tollé suscité par ces propos. Il a annoncé dans un tweet que son « porte-parole n’a jamais appelé à la chasse des gens qui parlent kinyarwanda ».