Les deux candidats se sont affrontés, jeudi soir, à Nashville lors d’un ultime débat à la tonalité plutôt constructive et respectueuse.

Donald Trump et Joe Biden se sont affrontés, jeudi soir 22 octobre, à Nashville (Tennessee) lors d’un ultime débat à la tonalité plutôt constructive et respectueuse qui ne devrait pas profondément changer la dynamique à douze jours de la présidentielle américaine.

Les parois en Plexiglas qui avaient été installées sur la scène pour séparer les deux septuagénaires ont finalement été retirées, les deux candidats ayant été testés négatifs au Covid-19, quelques heures avant le face-à-face. Pour éviter la cacophonie, les organisateurs avaient décidé cette fois de couper le micro de l’un pendant les deux premières minutes de prise de parole de l’autre pour chacune des questions, sur la pandémie, les questions raciales, le changement climatique ou encore la politique étrangère.


Visiblement désireux d’offrir un visage plus discipliné, après un premier tête-à-tête cacophonique, le président américain, à la traîne dans les sondages, a accusé son rival vouloir « reconfiner » le pays en raison du Covid-19.

    La gestion du Covid-19

« Quelqu’un qui est responsable d’autant de morts ne devrait pas pouvoir rester président des Etats-Unis d’Amérique », a lancé le candidat démocrate, en prédisant « un hiver sombre » pour le pays le plus endeuillé au monde, avec plus de 222 000 décès dus au coronavirus.

Le vieux routier de la politique a reproché au président républicain de ne « toujours pas avoir de plan » pour endiguer la pandémie. « Il n’y a pas un seul scientifique sérieux au monde qui pense que ça va disparaître bientôt », a-t-il martelé, alors que le locataire de la Maison Blanche ne cesse d’assurer le contraire.

« Nous le combattons très fermement », a répondu le tempétueux milliardaire, arrivé sans masque sur la scène de Nashville, dans le Tennessee, trois semaines après avoir été diagnostiqué positif au coronavirus.

    L’« affaire Hunter Biden »

Donald Trump a, comme il l’avait annoncé, interrogé Joe Biden sur des allégations de corruption au sujet des activités de son fils Hunter Biden en Chine et en Ukraine, quand le candidat démocrate était vice-président de Barack Obama (2009-2017). « Joe, je pense que vous devez une explication aux Américains », a insisté le président candidat, qui a accentué ces derniers jours ses attaques personnelles sur l’intégrité de son adversaire, martelant, sans éléments concrets à l’appui, que la famille Biden est une « entreprise criminelle ».

« Vous étiez vice-président quand c’est arrivé, et ça n’aurait jamais dû arriver », a ajouté l’ex-magnat de l’immobilier, qui avait invité dans le public un ex-associé de Hunter Biden, Tony Bobulinski, qui accuse le fils du candidat d’avoir utilisé son nom de famille pour gagner « des millions » à l’étranger, avec l’assentiment de son père. Evoquant cet invité, Donald Trump a jugé que son récit était « accablant ». « N’essayez pas de vous présenter en bébé innocent ! », a-t-il lâché un peu plus tard.

« Jamais de ma vie je n’ai pris un centime d’une source étrangère », a protesté le démocrate, qui a jusqu’ici esquivé les questions sur ce sujet en se montrant ultraprotecteur vis-à-vis de sa famille. « Ce n’est pas vrai, pas vrai », a-t-il dit à plusieurs reprises. Il a contre-attaqué en reprochant au président de n’avoir jamais accepté de publier ses déclarations d’impôts. « Que cachez-vous ? », a-t-il demandé.


Le président républicain a été interrogé, lors de son dernier débat contre Joe Biden avant le scrutin présidentiel, sur ses trois rencontres avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un durant son mandat. Il s’est vanté d’avoir éloigné la menace d’une « guerre nucléaire ». « Qu’est-ce qu’il a fait ? Il a légitimé la Corée du Nord », a répliqué son adversaire démocrate sur scène à Nashville. « Il en a parlé comme de son bon ami, qui est un voyou », a-t-il ajouté.

    La relation entre Trump et Kim Jong-un

Relevant que le leadeur du régime reclus n’avait « pas voulu » rencontrer Barack Obama lorsqu’il était au pouvoir et Joe Biden son vice-président, Donald Trump a accusé les deux hommes de lui avoir laissé « un bazar » en héritage à sa prise de fonctions. Il fait valoir l’amélioration, selon lui, de la situation avec la Corée du Nord sous sa houlette : « Nous ne sommes pas en guerre. Nous avons une très bonne relation. »

« C’est comme dire que nous avions une bonne relation avec Hitler avant qu’il n’envahisse l’Europe », a répondu Joe Biden. Le candidat démocrate a affirmé qu’il accepterait lui aussi de rencontrer Kim Jong-un, mais sous la condition d’une promesse de dénucléarisation de la péninsule coréenne.


Les deux candidats ont été interrogés par la modératrice sur le fait que les Afro-Américains et les Latinos devaient préparer leurs enfants à être ciblés par la police à cause de la couleur de leur peau. Joe Biden a répondu : « Le racisme institutionnel existe en Amérique. »

    Les inégalités raciales

« Il faut que nous donnions des opportunités économiques, une meilleure éducation, une meilleure assurance-santé, un meilleur accès à la scolarisation, aux emprunts, de l’argent pour démarrer des entreprises, toutes ces choses, on peut le faire. J’ai un plan clair pour que chacun ait une chance », a affirmé le candidat démocrate.

Joe Biden a par ailleurs accusé jeudi Donald Trump d’avoir mené une politique « criminelle » vis-à-vis des enfants migrants. Selon une association américaine de défense des droits humains, les parents de quelque 545 enfants de migrants qui avaient été séparés aux Etats-Unis après avoir illégalement traversé la frontière, n’ont pas pu être localisés. « Ces enfants sont seuls, nulle part où aller (…) c’est criminel », a fustigé l’ancien vice-président.


Joe Biden a pris jeudi un risque politique lors de son débat avec Donald Trump en assumant vouloir se détourner à terme de l’industrie pétrolière, dont dépend largement l’économie de plusieurs Etats-clés de la présidentielle américaine. « J’arrêterai parce que l’industrie pétrolière pollue considérablement », a-t-il expliqué, soulignant que cette dernière devait être « remplacée au fil du temps par les énergies renouvelables ».

    La question environnementale

« C’est une sacrée déclaration », lui a rétorqué Donald Trump, prenant à témoin les électeurs de plusieurs Etats industriels. « Il détruit l’industrie pétrolière. Est-ce que vous vous en souviendrez au Texas ? Est-ce que vous en souviendrez en Pennsylvanie, en Oklahoma, en Ohio ? », a interrogé le président.

L’ancien homme d’affaires new-yorkais a qualifié de « désastre économique » le plan environnemental de son adversaire. Les démocrates « veulent détruire les immeubles pour pouvoir réduire la taille des fenêtres », a-t-il avancé. « Si cela ne tenait qu’à eux, il n’y aurait même pas du tout de fenêtres. »

Donald Trump a par ailleurs accusé l’énergie éolienne d’être « extrêmement coûteuse » et « très intermittente », et de « tuer tous les oiseaux ». Il a également dénoncé l’hostilité de son adversaire aux gaz de schiste, une industrie dont dépendent de nombreux emplois en Pennsylvanie, un Etat pivot que se disputent âprement les deux candidats.

Les échanges, bien que vifs, étaient nettement plus audibles que la fois précédente, lorsque le démocrate de 77 ans avait traité le 45e président des Etats-Unis, 74 ans, de « menteur », de « raciste » puis de « clown ». « Il n’y a rien d’intelligent en vous », avait rétorqué l’ex-homme d’affaires.

« Les deux candidats ont clairement retenu les leçons de leur premier débat », a déclaré à l’Agence France-Presse Aaron Kall, enseignant à l’Université du Michigan et spécialiste des duels présidentiels. « Un statu quo à l’issue du débat de ce soir sera probablement perçu comme une bonne nouvelle pour la campagne de Biden, qui bénéficie d’une avance stable dans les sondages au niveau national et dans les Etats-clés », a-t-il ajouté.