Deux bourreaux du groupe État islamique poursuivis par la justice américaine

Le ministère américain de la Justice s’est dit « déterminé à demander des comptes » à deux jihadistes du groupe État islamique connus sous le nom des « Beatles ». Le Royaume-Uni a transmis les éléments que lui réclamait Washington contre ces deux hommes capturés en Syrie et qui avaient été déchus de leur nationalité britannique.

Leur accent british, détecté par leurs otages occidentaux d’alors, leur a valu le surnom de « Beatles » du groupe État islamique. Alexanda Kotey et El Shafee el-Sheikh devraient être prochainement poursuivi par les États-Unis. Dans un communiqué publié mardi 22 septembre, le ministère américain de la Justice s’est dit « déterminé à demander des comptes à ces deux accusés et à obtenir justice pour les victimes de leurs activités terroristes ».

Capturés en janvier 2018 par les forces kurdes en Syrie, ces deux jihadistes ont été placés sous le contrôle de l’armée américaine en octobre 2019 en Irak, en raison de l’offensive turque dans le nord syrien. Leur unité a enlevé des journalistes étrangers, torturé et décapité certains captifs, parmi lesquels le Britannique David Haines ou le journaliste américain James Foley, tué en 2014.

Une cruauté particulière

Les « Beatles de l’EI » se sont démarqués des autres jihadistes par leur cruauté avec les otages : passages à tabac, chocs électriques, simulations de noyade (technique dite du « waterboarding ») ou encore simulacres d’exécution, dont une fausse crucifixion, faisaient partie de leurs méthodes. Ils ont décapité 27 otages dont sept Britanniques, Américains et Japonais, ainsi que 18 membres de l’armée syrienne.

Déchus de leur nationalité britannique, ils faisaient partie d’un groupe de quatre hommes qui avaient en commun d’avoir été radicalisés dans les mosquées de West London. Le plus célèbre d’entre eux était Mohammed Emwazi, alias « Jihadi John », tué par un drone en 2015.

La coopération du Royaume-Uni

Le Royaume-Uni a transmis mardi les éléments que lui réclamait Washington contre Alexanda Kotey et El Shafee el-Sheikh. La mère de ce dernier avait contesté devant la Haute Cour de Londres la décision, fin août, de la ministre britannique de l’Intérieur d’accéder à la demande d’entraide judiciaire américaine, mais son recours a été rejeté par les magistrats britanniques.

Dans la foulée de la décision, la ministre britannique de l’Intérieur Priti Patel s’est dite dans un tweet « ravie » d’annoncer que les éléments de preuve demandés ont « finalement été transmis aux États-Unis ». « J’espère sincèrement que la justice sera maintenant rendue pour les victimes et leurs familles », a-t-elle ajouté.

Ces dernières ont salué cette décision qui représente pour elles « un résultat considérable ». « Nous avons toujours voulu que ces deux hommes soient traduits devant la justice lors d’un procès équitable pour répondre des faits qui leur sont reprochés », ont déclaré les proches de David Haines et Alan Henning, un otage britannique exécuté en 2014, dans un communiqué de l’association Hostage international.

« À certains moments nous avons été absolument désespérés de savoir si le système judiciaire allait réussir à les traduire devant la justice », a également déclaré la sœur de John Cantlie, un photojournaliste enlevé en Syrie en 2012, mercredi matin sur BBC Radio 4. « Ce qui a toujours été terriblement important pour nous, c’est qu’il y ait un procès équitable », a-t-elle ajouté.

« Obtenir justice »

De son côté, le ministère américain de la Justice a salué la transmission de ces éléments et le fait que Londres ait « confirmé son engagement à coopérer avec nos efforts pour enquêter et poursuivre les deux terroristes actuellement sous le régime de la détention militaire ».

Les États-Unis avaient déposé en 2015 une demande d’entraide judiciaire auprès des autorités britanniques pour obtenir des éléments à charge contre les deux hommes. Mais en juillet 2018, Londres a annoncé faire une « pause » dans cette coopération. Le gouvernement britannique a alors essuyé une pluie de critiques pour s’être abstenu de demander à ce que la peine de mort leur soit épargnée s’ils étaient jugés, une entorse à son opposition de principe à la peine capitale. Fin août, les États-Unis ont assuré qu’ils épargneraient la peine de mort aux deux jihadistes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *