Enfin, les États-Unis n’ont tout simplement pas besoin d’agrandir leur arsenal nucléaire. Durant les négociations autour du traité New START et lors du débat sur la ratification qui a suivi, aucun officier supérieur de l’armée américaine ne s’est plaint que le traité allait imposer de lourdes restrictions à l’arsenal nucléaire américain ou nuire à la sécurité nationale.

À vrai dire, peu après la signature du traité, plusieurs représentants du président Obama ont participé à un exercice d’un mois avec les hauts responsables du commandement stratégique américain afin d’examiner le plan de guerre nucléaire dans ses moindres détails et voir si, en cas de guerre nucléaire, toutes les cibles russes devaient être attaquées et combien d’armes américaines étaient nécessaires pour les détruire. Au final, il a été conclu que les États-Unis pouvaient réduire d’un tiers la taille de leur arsenal sans nuire le moins du monde à la sécurité nationale américaine (lors d’une discussion séparée avec Obama, les chefs d’état-major des armées ont déclaré qu’ils n’accepteraient une telle réduction que si les Russes réduisaient aussi leur arsenal. Je décris tout cela dans le chapitre 10 de mon livre The Bomb.)

Un traité limitant l’escalade entre les parties

Mais il y a encore une autre raison de conserver le traité New START. Les termes du traité comprennent de nombreuses dispositions relatives à l’inspection mutuelle, afin de vérifier qu’aucune des parties ne triche. Cela crée un espace permettant l’échange de données et la discussion en cas de différends. Ajoutons que dans la décennie qui a suivi la ratification du traité, les Russes s’y sont conformés (ce que reconnaissent même ceux qui accusent la Russie de tricher sur d’autres traités). Le traité limite aussi les projections pessimistes sur le nombre d’armes nucléaires que les Russes peuvent construire au cours de la prochaine décennie et, par conséquent, le nombre d’armes nucléaires que les États-Unis doivent commencer à construire. Sans traité, cette limite saute: les militaires américains vont dire que les Russes pourraient construire beaucoup plus d’armes nucléaires et, par conséquent, faire valoir qu’il leur faut à leur tour en construire beaucoup plus.

Malheureusement, lorsqu’il s’agit d’armes nucléaires, Donald Trump préfère les fanfaronnades et les épreuves de force au bon sens.L’essentiel est là: personne ne dit qu’il faut que les États-Unis se dotent de plus d’armes nucléaires. Il serait donc beaucoup plus simple et moins onéreux de prolonger de cinq années encore le traité New START. Les Russes ont déclaré qu’ils étaient prêts à le faire sans condition. Les États-Unis n’auraient aucun intérêt à pousser la Russie vers une course aux armements.

Ce serait faire preuve de bon sens (et non de faiblesse) de maintenir en place les limites actuelles. Malheureusement, lorsqu’il s’agit d’armes nucléaires, Donald Trump préfère les fanfaronnades et les épreuves de force au bon sens. Une raison de plus de souhaiter qu’il ne soit plus président le 5 février.