Nicolas Sarkozy a quitté jeudi soir le tribunal de Paris au terme d’une troisième journée d’interrogatoire, qui doit reprendre à la semaine prochaine dans l’enquête sur les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, a-t-on appris de sources concordantes.

« L’audition reprendra la semaine prochaine », a indiqué une source judiciaire à l’AFP. Un peu plus tôt, en quittant le tribunal vers 21h15, son avocat Me Thierry Herzog avait déclaré à l’AFP et à BFM TV: « l’audition n’est pas terminée, elle va se poursuivre à une date ultérieure ».

L’ancien président de la République était entendu depuis mardi matin dans la galerie financière du 15e étage du tribunal par la juge d’instruction Aude Buresi, qui a succédé avec Marc Sommerer au magistrat Serge Tournaire. Un interrogatoire-fleuve, d’une dizaine d’heures chaque jour.

M. Sarkozy est mis en examen depuis le 21 mars 2018 pour « corruption passive », « recel de détournement de fonds publics » et « financement illégal de campagne ». Il est également placé sous contrôle judiciaire.

Lors de sa dernière audition, en juin 2019, M. Sarkozy avait dit être « totalement innocent dans cette affaire », dénoncé un « complot », puis refusé de répondre aux questions des magistrats instructeurs, le temps de l’examen de recours visant à faire annuler l’enquête.

Depuis, les magistrats ont mis en examen le 31 janvier pour « association de malfaiteurs » l’un de ses anciens collaborateurs, Thierry Gaubert: des versements en liquide en provenance du régime libyen auraient transité par lui.

Neuf mises en examen au total

Les enquêteurs se demandent si un tel transfert a pu servir à alimenter en cash le budget de la campagne victorieuse de M. Sarkozy.

Cet interrogatoire intervient après le rejet le 24 septembre par la cour d’appel de Paris de l’essentiel des pourvois déposés par le camp Sarkozy, qui invoquait des nullités, contre ces investigations.

Cette chambre de la cour d’appel, qui étudie les recours contre les actes d’instruction, a ainsi validé les investigations lancées il y a huit ans dans cette affaire aux multiples ramifications, permettant aux juges de poursuivre l’enquête. M. Sarkozy s’est pourvu en cassation contre cette décision, tout comme d’autres personnalités mises en cause, a indiqué une source judiciaire à l’AFP.

Témoignages de dignitaires libyens, notes des services secrets de Tripoli, accusations d’un intermédiaire… En sept ans, les magistrats ont réuni une somme d’indices qui ont donné corps à la thèse selon laquelle la campagne victorieuse de M. Sarkozy a été financée par le régime de Mouammar Kadhafi.

Toutefois, aucune preuve matérielle indiscutable n’a pour l’heure été retrouvée, même si des mouvements de fonds suspects ont déjà conduit à neuf mises en examen.