Les Kényans sont habitués à voir les affaires de malversations s’étaler à la Une des journaux, dans un pays classé parmi les plus corrompus du monde par Transparency International. Mais l’affaire KEMSA est sensible car elle touche à l’argent destiné à protéger les Kényans du coronavirus. Elle pourrait également avoir des ramifications politiques.

Les individus visés par les enquêteurs n’ont pas encore été nommés, mais on sait qu’il s’agit d’hommes d’affaires et de fonctionnaires situés dans le haut de l’organigramme de KEMSA. Ils auraient dépensé des dizaines de millions de dollars pour des achats de matériel médical parfois jamais livrés. Des commandes passées également en dehors du cadre légal.

La commission EEAC a interrogé 52 personnes, dont le président et des membres du Conseil d’administration de KEMSA, des employés, mais aussi des politiques comme David Murathe. Dans une ambiance de règlement de compte, le vice-président du parti présidentiel Jubilee a d’ailleurs demandé aux enquêteurs de se pencher sur le cas de William Ruto. Le vice-président kényan pourrait avoir des liens avec une société mise en cause. Ce sera d’ailleurs la seconde phase de l’enquête : poursuivre les entreprises qui ont profité de ces malversations.

La commission EEAC recommande des poursuites contre les fonctionnaires visés alors qu’il y a quelques semaines, sans qu’on sache encore s’ils sont dans le viseur, le directeur général de KEMSA, le directeur des commandes et le directeur commercial ont tous trois été suspendus.

La direction des affaires criminelles, elle, a nommé une équipe de procureurs expérimentés pour revoir l’ensemble du rapport, les preuves et décider des poursuites.