La libération de nombreux jihadistes présumés au Mali suscite peur et inquiétude au Sahel

Ils sont quelque 200 jihadistes à s’être évaporés dans la nature après avoir été libérés par les autorités maliennes. Dans la zone sahélo-saharienne, ravagée par les attaques terroristes, les observateurs redoutent le pire.

« La grande délivrance. » C’est le titre qui s’affiche à la une du quotidien ouagalais Le Pays, qui salue la libération de l’homme politique malien, Soumaïla Cissé, et de l’humanitaire française Sophie Pétronin, désormais ex-otages d’un groupe jihadiste au Mali. Ils ont recouvré leur liberté le 8 octobre, en même temps que deux autres otages italiens. C’est peu dire, écrit le journal, que ce retour à la liberté est un immense soulagement pour les otages eux-mêmes qui ont vécu l’enfer dans le désert malien, et pour leurs familles et proches qui ont connu l’angoisse dans l’espoir du retour de l’être disparu.

Mais notre confrère s’interroge aussi sur le prix de cette libération. « Les effluves de joie masquent difficilement le fait que cette libération, dont on ne connaît pas tous les dessous, a été chèrement payée », relève le quotidien burkinabèIl craint le pire pour le Sahel dans les mois à venir.

Des centaines de terroristes ont été relâchés dans la nature. Il faut s’attendre à ce que ces fanatisés aillent à nouveau se ressourcer au radicalisme le plus profond, pour revenir semer, à tout vent, mort et désolation dans toute la sous-région

Journal Le Pays du Burkina Faso

Dans la sous-région, ils sont nombreux à craindre de nouvelles boucheries humaines, d’autant plus que parmi les présumés jihadistes libérés, figureraient de nombreux terroristes aguerris qui pourraient rapidemment se remettre à la tâche. C’est aussi une victoire pour le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans qui a obtenu la libération de ses combattants. Cette opération, relève un spécialiste, permet de créer une espèce d’engouement autour du groupe terroriste dans les zones dont ses hommes sont originaires.

L’idée, c’est de montrer que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, le GSIM, n’oublie personne. Qu’il n’oublie pas ses hommes, quoi qu’il en coûte

Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut des études de sécurité à Bamako

à RFI

Pour le journaliste et écrivain nigérien, Seidik Abba, bon connaisseur de la crise sahélienne, la libération de présumés jihadistes au Mali est une entorse à la lutte contre le terrorisme. Il estime que cette opération risque d’encourager une véritable industrie du rapt dans tout l’espace sahélo-saharien.

Chaque fois qu’on va libérer des jihadistes, il y aura chez les mouvements terroristes, la tentation de prendre d’autres otages pour obtenir d’autres libérations de combattants

Seidik Abba, journaliste et écrivain

à la radio Deutsche Welle

C’est en cela que la stratégie d’échange d’otages contre des terroristes peut être contre-productive dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, analyse Seidik Abba.

Dans la zone sahélo-saharienne, confrontée aux attaques jihadistes, la peur et l’inquiétude se mêlent aujourd’hui au soulagement, suscité par la libération des quatre otages, français, malien et italiens.

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