La Turquie d’Erdogan montre ses muscles et irrite

Syrie, Libye, Méditerranée, Caucase… Depuis deux ans, Ankara s’active militairement et diplomatiquement sur de multiples fronts, n’hésitant pas à défier les Européens, ses alliés de l’Otan, et à rivaliser avec la Russie.

 

Afrin, petite région kurde au nord-est de la Syrie. En janvier 2018, l’armée turque et ses supplétifs syriens se lancent à l’assaut de cette province plutôt paisible, que les milices kurdes locales, dépassées par ce déploiement, leur cèdent rapidement. Cette victoire éclair donne au président Erdogan l’aura du chef de guerre, juste avant la présidentielle du 24 juin, qu’il remporte au premier tour (52,8 %).

Violations des droits de l’Homme

Surtout, cette intrusion en Syrie ne coûte rien à la Turquie : aucune sanction internationale, aucune déclaration forte de ses alliés européens ou américains. Un rapport de l’Onu, en septembre 2020, documentera pourtant des violations systématiques des droits et notamment les viols dont sont victimes les femmes de la région, désormais administrée par les milices de rebelles syriens salariées par Ankara.

Cette victoire rapide et gratuite semble convaincre Erdogan des bienfaits d’une diplomatie militarisée, dans la région et même au-delà. En octobre 2019, une seconde intervention contre les Kurdes du nord de la Syrie, facilitée par l’annonce par Donald Trump d’un retrait américain, permet à Ankara de créer une zone tampon au sud de la frontière.

Frictions avec l’Europe

Dans la foulée, Ankara élargit sa zone d’influence jusqu’en Libye : le déploiement de drones de combat turcs et de mercenaires syriens met en déroute les forces du maréchal Haftar, qui assiégeaient Tripoli, et sauve la mise d’un gouvernement idéologiquement proche. Ankara en retire des accords économiques et territoriaux en Méditerranée.

Comme enivré par l’odeur de la poudre, c’est presque naturellement que, à l’été 2020, le président turc déploie sa flotte dans les eaux grecques et chypriotes, espérant régler par la menace les conflits territoriaux qui opposent ces pays en mer Méditerranée. Mais cette fois, la diplomatie de la canonnière dirigée contre deux membres de l’Union européenne n’a pas le succès escompté.

Face à la mobilisation européenne portée par la France, et sous la menace de sanctions économiques, les bateaux turcs rentrent d’abord au port au mois de septembre avant de retenter une sortie le 12 octobre, fermement condamnée par l’Allemagne et les États-Unis.

Soutien à l’Azerbaïdjan

Cela n’empêche pas Ankara d’être à nouveau à la manœuvre lorsque, le 27 septembre, démarrent les hostilités entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. La Turquie encourage et équipe son « petit frère » – les Azéris sont turcophones — lui faisant même don de certains de ses mercenaires venus de Syrie ou rapatriés de Libye.

Une opportunité pour le leader turc de tenter d’asseoir son influence dans le Caucase. De plus en plus fréquemment déployée dans le monde, en Afrique (Somalie), ou encore dans le golfe Persique (Qatar), l’armée turque s’est directement ou indirectement impliquée sur de multiples théâtres en l’espace de deux ans, multipliant les rivalités avec la Russie et les points de frictions avec l’Union européenne. Jusqu’à quand ?

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