En laissant planer le spectre d’une nouvelle attaque contre «Charlie Hebdo», l’organisation Al-Qaeda vient rappeler que, comme l’Etat islamique, elle n’a pas renoncé à frapper les démocraties occidentales.

La menace jihadiste demeure. Dix-neuf ans après les attentats du 11 septembre 2001 qui ont fait 3 000 morts, et alors que le procès historique des attentats de janvier 2015, qui ont notamment visé Charlie Hebdo et tué 17 personnes, vient de débuter, Al-Qaeda a déclaré qu’elle pourrait de nouveau attaquer l’hebdomadaire satirique. Après que Charlie a remis en une les caricatures de Mahomet, qui en avaient fait une cible des terroristes islamistes, le groupe américain Site, spécialisé dans la surveillance des organisations jihadistes, assure qu’Al-Qaeda menace la rédaction de représailles. Evoquant les «héroïques frères Kouachi», auteurs de l’attentat revendiqué au nom d’Al-Qaeda dans la péninsule arabique (Aqpa) avant d’être abattus par les forces de l’ordre, le mouvement terroriste avertit dans un communiqué : «Si votre liberté d’expression ne respecte aucune limite, préparez-vous à vous confronter à la liberté de nos actions.»

Al-Qaeda a-t-elle vu évoluer son influence et sa possibilité de frapper ces dernières années ? Les forces spéciales françaises ont éliminé en juin l’Algérien Abdelmalek Droukdel, leader de Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi), qui a reconnu la mort de son chef, dans le nord du Mali frontalier de l’Algérie. Les Etats-Unis avaient assuré en février avoir tué Qasim al-Raymi, le chef yéménite de l’Aqpa. Cinq mois plus tôt, Hamza ben Laden, le fils préféré d’Oussama ben Laden, présenté comme son héritier à la tête d’Al-Qaeda, avait aussi été abattu par l’armée américaine. Pourtant, le mouvement islamiste conserve une influence réelle, au Sahel comme au Yémen. Ou encore en Afghanistan, où il conserve des liens étroits avec les talibans, a rappelé l’ONU dans un rapport publié en juin. Et rêve, comme l’Etat islamique, qui gagne du terrain en Libye, de s’attaquer aux démocraties occidentales.

«Capacité de résilience»

«Même considérablement affaiblies, ces organisations, que ce soit Al-Qaeda ou l’Etat islamique, n’ont jamais renoncé à frapper la France et l’Occident, affirme à Libération Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme. Plusieurs attentats ont été déjoués pendant le confinement, que ce soit en France, en Allemagne ou en Pologne.» Wassim Nasr, spécialiste des mouvements jihadistes, rappelle sur Europe 1 qu’Al-Qaeda reste dangereuse et active : «Quand on lit le communiqué de cinq pages, on voit qu’ils vont dans le détail, qu’ils suivent la vie politique, culturelle et sociale et qu’ils attendent l’occasion pour agir. Ils ont réussi à survivre après la mort de Ben Laden qui a été tué en 2011, ceci malgré la compétition avec l’Etat islamique qui les a beaucoup cannibalisés.»

Jean-Charles Brisard évoque, lui, la «capacité de résilience de ces organisations terroristes», qui ont, selon lui, le temps pour elle. «Le dernier numéro d’Al-Naba, revue « officielle » de l’Etat islamique, consacre deux articles très factuels à la France, l’un concernant les propos du ministre de l’Intérieur sur la persistance de la menace terroriste et le nombre d’individus inscrits au FSPRT [Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste, qui compte autour de 20 000 noms, ndlr], l’autre sur la situation au Mali», où 5 000 soldats français de la force Barkane tentent, depuis bientôt dix ans, de lutter contre les groupuscules jihadistes qui déstabilisent la région sahélienne. «La menace des jihadistes est surtout endogène, et peut donc venir d’individus isolés.»

«Terminer le travail des Kouachi»

Mercredi au tribunal de Paris, la responsable des ressources humaines de Charlie Hebdo, Marie-Catherine Bret, a rappelé que «les menaces sur ce journal n’ont jamais cessé. Aujourd’hui encore, un dessin qui déplaît et c’est une montagne, des kilomètres d’e-mails, de messages sur les réseaux sociaux. Depuis cinq ans, certains ont un objectif : il faut que soit terminé le travail des frères Kouachi». Avant d’ajouter : «Notre réaction, depuis cinq ans, c’est de ne laisser passer aucune menace de mort, ni aucun message faisant l’apologie du terrorisme. Nous déposons plainte, certaines procédures aboutissent, d’autres pas. On ne peut plus rien laisser passer de ce point de vue là.»