La justice algérienne a condamné à trois ans de prison ferme Brahim Laalami, l’une des figures du Hirak. Les autorités ciblent depuis des mois les militants, les opposants politiques, les journalistes et les internautes, afin d’empêcher une reprise du mouvement pacifiste.

La justice algérienne a condamné dimanche Brahim Laalami, une figure du mouvement de protestation populaire « Hirak », à trois ans de prison ferme, a-t-on appris auprès du Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

Par ailleurs, Khaled Tazaghart, un ex-député et militant antirégime, a écopé d’un an ferme dans un autre procès, selon la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH).

Brahim Laalami comparaissait devant le tribunal de Bordj Bou Arreridj, au sud-est d’Alger, pour sept affaires au total, a précisé à l’AFP Kaci Tansaout, porte-parole du CNLD.

Sentence « incroyable et inadmissible »

Le CNLD, association de soutien aux détenus du « Hirak », a qualifié la sentence d’« incroyable et inadmissible ».

Brahim Laalami a été à nouveau interpellé le 8 septembre quelques jours après avoir été libéré de prison à la suite d’une réduction de peine. Il avait été condamné en juillet à 18 mois de prison ferme pour, entre autres, « outrage à corps constitués » et « outrage à fonctionnaire ».

Ce jeune tailleur était notamment sorti seul à Bordj Bou Arreridj en février 2019 avec une grande pancarte contre la candidature à un 5e mandat de l’ancien président déchu Abdelaziz Bouteflika.

Neuf jours après éclatait le « Hirak ». Un autre militant du « Hirak », l’ex-député Khaled Tazaghart, a reçu une peine d’emprisonnement d’un an dimanche devant un tribunal de Béjaïa, en Kabylie (Est du pays), a indiqué la LADDH.

Arrêté samedi, M. Tazaghart a été présenté en comparution immédiate.

Volonté d’empêcher une reprise du « Hirak »

Il a été accusé d’« incitation à attroupements », « publications sur les réseaux sociaux portant atteinte à l’ordre public » et « non respect du confinement sanitaire », a déclaré à l’AFP Said Salhi vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme.

« C’est un verdict qui inquiète, qui nous fait peur. Jusqu’à présent, il n’y avait pas eu de peines aussi lourdes à Béjaïa », a souligné M. Salhi.

Les autorités ciblent depuis des mois les militants, les opposants politiques, les journalistes et les internautes, multipliant interpellations, poursuites judiciaires et condamnations, afin d’empêcher une reprise du « Hirak », suspendu par la crise sanitaire.

Selon le CNLD, quelque 60 personnes sont actuellement emprisonnées pour des faits liés à la contestation, la plupart pour des publications sur Facebook.

Le « Hirak » est un mouvement de contestation pacifique né en février 2019 d’un immense ras-le-bol des Algériens qui réclament un profond changement du « système » en place depuis l’indépendance (1962).