Pourquoi Emmanuel Macron veut s’attaquer au «séparatisme islamiste»

Pour la deuxième fois cette année, Emmanuel Macron prononce ce vendredi 2 octobre un discours sur les séparatismes. Pour le président, c’est une façon de s’attaquer à l’islamisme, à celles et ceux qui font passer les lois de leur religion au-dessus de celles de la République. En février dernier à Mulhouse, le chef de l’État avait déjà annoncé des premières mesures. Depuis sa prise de fonction, Emmanuel Macron et sa majorité ont durci leurs positions sur la question du respect de la laïcité et la lutte contre l’islamisme.

C’était en 2016. Lors d’un discours à Montpellier, le candidat Emmanuel Macron reconnaissait la nécessité de combattre « l’islam radical ». Mais pour lui, cela devait se faire « non pas en proposant de nouveaux textes, de nouvelles lois, elles sont là, nous les avons, mais en les appliquant, en démantelant les associations qui prêchent la haine de la République, la haine de nos valeurs ».

Trois ans plus tard, Emmanuel Macron a donc changé d’avis : il y aura bien un nouveau projet de loi, il sera présenté en décembre, le président va en dévoiler le contour ce vendredi 2 octobre aux Mureaux. Sommé au début de son quinquennat de prononcer un discours sur la laïcité, le chef de l’État a plusieurs fois repoussé une prise de parole avant de contourner le problème en proposant un concept, celui de séparatisme. Le chef de l’État l’a défini le 18 février dernier à Mulhouse : « Notre ennemi est le séparatisme, c’est-à-dire ce phénomène que nous observons depuis des décennies qui est une volonté de quitter la République, de ne plus en respecter les règles, d’un mouvement de repli qui, en raison de croyances et d’appartenance, vise à sortir du champ républicain et ça, ce n’est pas acceptable ».

« Délitement de la République »

Alors que le débat sur la laïcité est devenu inflammable, alors que la droite et l’extrême droite l’attaquent pour son inaction, le président français est désormais convaincu qu’il ne peut pas rester inactif. Parmi les mesures déjà dévoilées, la suppression des subventions pour les associations qui ne respectent pas la laïcité, la lutte contre la polygamie, ou encore l’interdiction des certificats de virginité. « Je pense que la situation évolue vite », explique le député marcheur Éric Poulliat, auteur d’un rapport sur la radicalisation dans les services publics. « Le président s’aperçoit sans doute que le délitement de la République est beaucoup plus avancé que ce qu’il ne le pensait au départ dans certains territoires et qu’il y a un combat à mener pour réaffirmer la République dans ses valeurs et ses principes, tout en proposant un projet de cohésion sociale ».

« Il ne faut plus procrastiner »

Mais ce glissement du Macron candidat qui pourfendait les « revanchards de la laïcité » au Macron président qui part en croisade contre le « séparatisme islamiste » et se fait l’apôtre du « patriotisme républicain » ne plaît pas à tout le monde au sein de la Macronie. D’un côté, il y a celles et ceux qui se réjouissent du changement de ton du président et l’appellent à « ne plus avoir la main tremblante », à l’image de Francis Chouat, député du Val d’Oise, ancien maire d’Evry : « Je comprends la volonté du président de ne stigmatiser personne mais en même temps il ne faut plus procrastiner ! Parce que celles et ceux qui s’attaquent à la République, qui ont pris pied dans des territoires, qui pénètrent les organisations syndicales pour prôner le communautarisme, ceux-là, ils n’ont pas de pudeur. Ils nomment les choses. Ils veulent abattre la République française et sa construction, son histoire. Donc il ne faut pas, nous aussi, avoir de pudeur et moi, je suis pour stigmatiser les terrorismes de l’islamisme politique radical ».

« Pas besoin de fractrurer la société »

De l’autre côté, il y a celles et ceux qui sont peu à l’aise avec l’offensive régalienne du président. Comme cette ministre qui juge le terme séparatisme « peu parlant ». Comme cette autre qui s’inquiète en privé : « brandir la laïcité contre une religion, c’est pousser des jeunes vers le radicalisme parce qu’ils ne se sentent pas intégrés ». « Avec mesure et avec discernement, nous pouvons très bien faire le travail et donc lutter contre les personnes qui prêchent la haine, l’exclusion, la radicalité et veulent s’autonomiser. Pas besoin pour ça de fracturer la société plus qu’elle ne l’est déjà, renchérit le député En Marche Sacha Houlié. J’espère que le président sera à la hauteur du discours qu’il avait fait en 2016 et qui est tout à fait clair sur la question ». Depuis quelques jours, l’exécutif cherche à corriger sa copie pour justement donner une dimension plus « positive », dixit l’Elysée, au futur projet de loi, avec des mesures pour rétablir « la promesse républicaine dans les quartiers ».

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