Scolarisation des enfants : Comment la Covid-19 risque de chambouler les ODD d’ici à 2030

L’éducation est l’un des secteurs les plus impactés par la crise sanitaire liée à la Covid-19. Notamment l’éducation des filles avec les difficultés des parents à maintenir leurs filles à l’école, faute de revenus suffisants. Une pandémie dont les effets risquent de chambouler les Objectifs de développement durable pour le volet éducation.
Fatoumata Signaté s’en rappelle le cœur meurtri. Le jour, dit-elle, où les responsables de l’école privée de son garçon, candidat à l’examen du certificat de fin d’études élémentaires (CFEE) et au concours d’entrée en sixième l’ont sommée de payer les frais de scolarité. Ce, contre la remise de sa convocation pour aller subir les épreuves.
« Depuis la période de l’état d’urgence avec la fermeture des classes, mon fils n’est pas parti à l’école. On l’encadrait à la maison puisque son école n’avait pas pris les dispositions nécessaires leur permettant de suivre les cours en ligne. Mais comment, voudraient-ils qu’on leur paye 4 voire 5 mois ? Je n’avais pas les moyens », a fait savoir cette mère de 3 enfants dont une fille, tous inscrits dans un établissement privé situé aux Parcelles assainies unité 14 de Keur Massar.
Finalement, son petit a pu passer les examens après une réunion entre parents d’élèves et responsables de l’école. « On nous avait convoqués afin qu’on discute de la situation pour trouver des modalités de paiement. Les parents ont répondu par la négative dans la mesure où beaucoup d’entre nous sont confrontés à des difficultés financières causées par la pandémie de la Covid-19 », a-t-elle raconté.
Les conséquences de la pandémie
Sensible aux doléances, le Directeur de l’école s’est montré compréhensif à leur endroit. Toutefois, les paiements du mois de mars, juin et juillet ont été effectués. « Cela avait également posé un problème pour certains puisqu’ils disaient que pour le mois de juin, les potaches n’ont eu que 5 jours de cours », signale la ménagère Fatoumata Signaté, visiblement occupée à préparer le déjeuner.
En effet, le ministre de l’Education nationale avait retenu la reprise des cours pour les classes d’examen, le 25 juin 2020. Ce, après la décision de fermeture des écoles et universités pour une période de trois semaines prise par le Président de la République Macky Sall, le 14 mars dernier pour freiner la propagation du coronavirus.
Selon le rapport Goalkeepers 2020 de la Fondation Bill Gates, avec la crise économique due à la Covid-19 en 2020, la fermeture des écoles ainsi que l’essai pour la familiarisation avec les cours à domicile des centaines de millions d’élèves, une catastrophe pour l’éducation est en vue. De plus, d’après toujours des informations basées sur les projections du Fonds monétaire international (FMI) reprises dans ledit rapport les données recueillies durant l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, suggèrent que quand les écoles rouvriront, les filles seront moins susceptibles d’y retourner, réduisant ainsi leurs opportunités et celles de leurs futurs enfants.
Selon les chiffres de l’Unesco, 11 millions de filles risquent de ne pas retourner à l’école en 2020 en raison de la perturbation sans précédent de l’éducation causée par la Covid-19. Ce nombre « alarmant » expose également les filles du monde entier au risque de grossesse, de mariages précoces et forcés et de violence.
Une situation qui risque d’affaiblir aussi les progrès réalisés par ladite Fondation vers l’égalité des genres. « Avant la pandémie, le monde était déjà confronté à une crise de l’enseignement : 53 % des élèves dans les pays à revenu faible et intermédiaire et 87 % en Afrique subsaharienne n’étaient pas capables de lire un texte simple à l’âge de 10 ans. Les difficultés financières et la fermeture des écoles risquent d’accroître ces inégalités et les filles sont les moins susceptibles de retourner à l’école », a-t-on renseigné dans le document.

L’atteinte des ODD, une équation à résoudre
Ayant perdu son travail à cause de la Covid-19, Sidy Niang envisage d’aller inscrire ses enfants dans un établissement public. « Ils étaient tous dans une école privée sise à la Cité Fadia. Toutefois, avec les difficultés financières qui m’assaillent depuis cette maladie, je ne pourrais pas supporter d’autres charges ». Femme au foyer, Mariama Diop est sûre d’une chose : son mari ne va accepter de payer surtout pour les filles. « Il est commerçant au marché Thiaroye. Mais depuis la Covid-19, ses affaires marchent au ralenti. Il m’a dit de trouver un établissement public pour les enfants et il a choisi les garçons comme priorité ».
Pourtant les Objectifs pour le développement durable (ODD) concernant le volet éducation, ambitionnent, d’ici à 2030, de faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons suivent, sur un pied d’égalité, un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire gratuit et de qualité aboutissant à des résultats d’apprentissage pertinents et efficaces.
Président du Collectif des écoles privées du Sénégal, Abass Ndour est d’avis que la Covid-19 va impacter sur l’enseignement surtout au cycle primaire.  « On attend cette situation. Car il y aura des parents qui ne pourront plus continuer à payer la scolarité de leurs enfants. Des travailleurs ont perdu leurs emplois et cela va avoir des répercussions. C’est une suite logique.  Et dans certaines familles, ils vont avantager le garçon au détriment de la fille. Alors qu’à propos des résultats que nous avons sur le terrain, maintenant, on a plus de filles qui se battent que de garçons », a-t-il renseigné.
Abass Ndour n’écarte pas un possible compromis pour éviter le scénario du pire. « S’ils font l’effort de venir nous voir, on ne manquera pas de trouver des solutions. Mais, il y aura beaucoup de difficultés lors de cette rentrée scolaire ».
 
Les défis du Sénégal face à la Covid-19 pour la continuité des cours
Par ailleurs, le rapport Goalkeepers a également indiqué que l’enseignement à distance peut aider. Mais, seul inconvénient, de nombreux apprenants n’ont souvent pas la possibilité d’accéder à ce type de solution. « Bien que nous ne connaissions pas le nombre exact d’étudiants qui ont accès aux technologies éducatives, par exemple, nous savons toutefois que moins d’un tiers de la population africaine a accès au haut débit. Nous devons donc faire tout notre possible pour aider les étudiants à rattraper leur retard une fois qu’ils seront retournés en classe », lit-on dans le document. Lequel d’ajouter : « cela implique de mettre l’accent sur le développement et la révision des compétences de base comme la lecture et les mathématiques, d’adapter l’enseignement à ce que les élèves savent et ne savent pas, et de soutenir les enseignants en leur fournissant des plans de cours structurés ayant fait leurs preuves. Cela fait longtemps que nous avons besoin de ces changements. La Covid-19 offre, peut-être, l’occasion de les mettre en œuvre à grande échelle ».

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